Remplacement dans le Premier Degré : comment gérer la pénurie ?

Le Ministère vient de présenter le bilan du remplacement pour les deux dernières années, des données désormais accessibles après la mise en place d’une application dans 32 départements de 9 académies. Aux dires du Ministère la situation s’améliore, mais en est-on vraiment sûr ?

Le remplacement dans le premier degré, un élément de sérénité pour les collègues

Remplacement 1D : une situation compliquée

Le Ministère, en présentant les chiffres de l’amélioration du remplacement dans le premier degré a fait preuve soit de malhonnêteté soit de de naïveté.
Doit-on se satisfaire d’un discours nous annonçant une progression des besoins remplacés de 2 % entre les deux années scolaires précédentes ?
Les remontées des syndicats académiques CFDT montrent pourtant que la situation du remplacement est toujours une problématique très importante qui désorganise profondément le fonctionnement des écoles.  De nombreux professeurs des écoles sont obligés de  pallier au manque de remplaçants en accueillant dans leur classe des élèves d’un collègue absent.
Pour  la CFDT, seule une augmentation
du nombre de postes consacrés au remplacement
peut permettre une réelle amélioration.
C’est d’autant plus vrai que pour cette rentrée près de 20 % des postes de remplacement ont déjà été affectés sur des postes vacant à l’année,  des moyens qui manqueront cruellement quand les besoins de remplacements courts seront plus importants.  Disposer de données est une chose, mais derrière les chiffres il y a la réalité.

Des chiffres ministériels contestables

Ainsi, quand on regarde la courbe de l’évolution des non remplacements sur l’année scolaire passée, on constate deux chutes : l’une en février et l’autre en avril, des périodes correspondant aux temps de vacances scolaires par zone. Interrogé sur ce point, le ministère a répondu qu’il avait enregistré les absences proportionnellement au nombre total d’enseignants en exercice (y compris celles et ceux se trouvant en vacances).

Autre angle mort des statistiques : elles ne disent rien de toutes les situations dans lesquelles le manque de remplaçants est compensé en interne. Des formations sont annulées par nécessité de service, des temps de décharge de direction ne sont pas assurés, d’autres dispositifs, comme les pondérations en REP +, prévus pour dégager du temps aux personnels sont sacrifiés afin qu’un enseignant reste ou revienne devant élèves.

Dans ces cas-là, l’absence disparaît des statistiques puisqu’un adulte, l’enseignant titulaire de la classe compensant, est bien présent devant la classe. Mais elle ne disparaît pas pour autant : son coût est simplement reporté ailleurs. Un directeur qui renonce à sa journée de décharge pour remplacer un collègue absent devra effectuer son travail de direction sur un autre temps, souvent au prix d’un allongement de sa journée ou d’un empiètement sur son temps personnel. Une formation annulée est une absence remplacée de moins, mais aussi un droit à la formation qui n’est pas respecté.

Ces situations montrent à quel point les seuls chiffres d’absences non remplacées donnent une vision incomplète de la réalité du premier degré : ils rendent invisibles toutes les formes de compensation imposées aux personnels pour que le système continue à fonctionner malgré l’insuffisance des moyens de remplacement.

Une application qui ne permet pas une gestion qualitative du remplacement

Le déploiement de la nouvelle application (qui ne portera finalement pas de nom) est prévu pour l’ensemble du territoire pour la rentrée 2027.
La CFDT a pu faire remonter que cette marche forcée met sous tension les services administratifs des DSDEN et que l’outil ne permet pas de faire du qualitatif en affectant des remplaçants en fonction de leur profil. Ainsi des T1 se retrouvent à effectuer des remplacements dans des unités d’enseignement d’établissements spécialisés, un bon moyen pour les dégoûter du métier alors que des personnels plus aguerris pourraient plus facilement remplir cette mission.
Pour le Ministère, impossible de renseigner l’application sur les préférences de chaque personnel remplaçant, on ne peut tenir compte que de son expérience passée. Pour la CFDT, il faut développer une application qui soit humainement supportable. Les personnels ne sont pas des numéros interchangeables à souhait.

Des choix locaux contestablesRemplacement 1D : sortir d'une logique comptable

Autre effet délétère de cette nouvelle organisation : certains remplaçants, jusque-là rattachés administrativement à une école relevant de l’éducation prioritaire, ont été réaffectés en début d’année scolaire à une école située hors REP ou REP+, sans concertation ni cadre réglementaire clairement établi.
Or ce changement de rattachement administratif n’est pas neutre : lorsqu’un remplaçant est rattaché à une école de l’éducation prioritaire, il bénéficie des indemnités correspondantes, même s’il effectue une partie de ses remplacements dans d’autres écoles. Fait du Prince de certains DASEN, ce rattachement hors éducation prioritaire, permet de réaliser une économie sur ces indemnités.
Lorsqu’on interroge le Ministère, il répond que ce n’est pas de son fait. Seule consigne donnée par l’institution : rechercher au maximum la proximité de l’intervention d’un suppléant sur une certaine zone géographique.
Avec ce type de pratiques, des personnels ont perdu en cette rentrée près de 400 € mensuels. Intolérable pour des enseignant.es qui lorsqu’ils étaient présents dans leur école de rattachement intervenaient en soutien des collègues de l’école pour accompagner les élèves en difficultés.
Voilà comment , les préoccupations financières de certains DASEN privent aussi les écoles de REP+ d’une aide précieuse.

Revalorisation de l’ISSR et utilisation du téléphone portable de l’agent

La CFDT a profité de ce temps de travail pour poser la question du SMS envoyé sur le téléphone portable personnel de l’agent pour lui signifier son lieu de remplacement. La démarche institutionnelle ne peut en effet se faire sans l’accord explicite du collègue, c’est un droit, dixit le Ministère. Dans tous les cas, un mail sera envoyé aux agents sur leur boîte mail professionnelle.
Autre question posée concernant la revalorisation de l’ISSR que  la CFDT juge indispensable du fait notamment de la hausse prix du carburant. Si le Ministère reconnaît volontiers le problème, il n’a pas la main sur cette question qui relève de choix budgétaires relevant du projet de loi de finances 2027. La revalorisation temporaire n’est pour le moment effective que jusqu’au 31 décembre prochain. Le groupe de travail sera réuni pour un nouveau bilan au printemps prochain.